MInuit brûle
(2022 - 2025)
Lors d’une soirée en 2015, j’ai été victime d’une agression homophobe dans une rue de Bordeaux. Quand je suis allé·e porter plainte, le policier m’a dit que la seule raison qui pouvait expliquer mon agression était la pleine lune. Cet événement est le point de départ de Minuit brûle, un projet de photographie expérimentale, où j’explore mon traumatisme, la nuit et mon sentiment de rage.
Minuit Brûle explore trois cycles : le cycle de la lune, le cycle personnel / menstruel et le cycle des agressions. J’utilise un procédé de photographie alternative qui consiste à tremper les pellicules dans mon propre sang, puis de les exposer à la lumière de la lune. De cette façon les images deviennent des survivantes, entre destruction et soin, elles existent malgré et à cause des dégâts qu’elles ont subi.
Ce travail a été exposé en 2024 à SpazioSERRA (Milan), en 2025 au festival Circulations (Paris) et a bénéficié d’un accompagnement pendant un an dans le cadre du mentorat Nouvel Oeil.
"Pour contrer les récits qui dépolitisent le réel, Cendre s'immisce dans l’histoire qui menaçait de lui échapper. Paradoxalement, pour démystifier les fausses corrélations, iel doit à son tour se faire sorcier·e et conteur·euse"
[…]
Les Chiens, qui sur leur foi, reposaient sûrement,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôt fait qu’à peine ils le sentirent.
Tout fut mis en morceaux ; un seul n’en échappa.
Nous pouvons conclure de là
Qu’il faut faire aux méchants guerre continuelle.
La paix est fort bonne de soi :
J’en conviens ; mais de quoi sert-elle
Avec des ennemis sans foi ?
Extrait de la fable Le Loup et les brebis, fable XIII, livre III, Jean de la Fontaine
Cette nuit-là j’ai été une proie
Il faut croire que ça se voyait dans mon corps
Alors quand la police m’a dit que
la seule explication à mon agression
était la pleine lune
J’ai cru mourir une seconde fois
Comme s’il n’y avait rien qui pouvait
expliquer les violences homophobes
Comme si nous n’étions pas
des centaines chaque année à être
battu·e·s*, mis·e·s dehors, tué·e·s
Alors oui je ne sais pas me taire,
Garder le silence n’a jamais
permis de guérir
À l’intérieur de moi, il y a
un puits de rage
sans fond
Je le contemple des fois
Suite à l’agression
j’ai pu me dissocier,
J’ai cru que c’était un super pouvoir
Arriver à ne plus rien ressentir,
le vide absolu
En fait je n’arrivais plus à être entier
Celles et ceux qui ont compris
qui m’ont aidé à guérir
N’ont pas été ma famille
Ni mes ami·e·s
Mais de parfaits inconnu·e·s
Queer, comme moi
La lune n’a jamais été la coupable,
J’ai inscrit sur mon corps un talisman
La nuit fait partie de moi
Les étoiles me regardent,
je les regarde
Et la lune me protège
Cette nuit-là, poème (2022)